19.04.2006

Rent de Jonathan Larson

Comédie musicale culte outre-Atlantique, "Rent" de Jonathan Larson nous arrive aujourd’hui par le biais de son adaptation cinématographique. Dans cette "Bohème" transposée dans le New York de la fin des années 80, gays, lesbiennes, drag queens et hétéros forment une communauté bigarrée, pleine de vie et d’optimisme, en dépit du sida et de la drogue.


Au début des années 90, à cause ou grâce au sida, Broadway commence à parler des gays d’une façon plus sobre et plus réaliste qu’avant. Oublié le mascara de "Torch song trilogy" ou les froufrous de "La cage aux folles", pièces ou comédies musicales abordent désormais l’homosexualité sous un angle plus grave, moins caricatural, bien qu’avec une légère tendance compassionnelle.

Comédie musicale rock, "Rent" marque une nouvelle étape dans la représentation de l’homosexualité dans le théâtre américain commercial. Ecrit en 1996 par Jonathan Larson, un jeune auteur-compositeur plein de fougue, "Rent" transpose "La Bohème" de Puccini dans le milieu coloré du East Village où des artistes de toutes orientations sexuelles se battent pour survivre. Certes, le sida reste présent (pour les personnages gays comme pour les hétéros) mais le traitement de l’homosexualité se fait d’une façon simple, naturelle et décomplexée. Une fois n’est pas coutume, le duo d’amour le plus tendre du spectacle est chanté par le couple gay tandis que les lesbiennes s’engueulent et les hétéros se compliquent la vie. Et si "Rent" ne rechigne pas devant une bonne dose d’émotion, l’œuvre véhicule avant tout une incroyable rage de vivre, portée par la force de sa musique et l’énergie de ses interprètes.

Créé d’abord off-Broadway, "Rent" est un succès immédiat, tant au niveau de la presse et des professionnels que du public. Le spectacle transfère rapidement dans un grand théâtre de Broadway où il se joue encore et s’apprête à fêter son dixième anniversaire. Broadway avait rarement vu un tel engouement pour une de ses productions. Durant les premiers temps, certains fans irréductibles passent la nuit devant le théâtre pour espérer obtenir des billets tandis que le spectacle décroche le prix Pulitzer et le Tony (équivalent des Molières). Mais si le succès est aussi soudain qu’inattendu, le triomphe de Jonathan Larson est pourtant le fruit d’un travail de longue haleine. Cette vie de galère décrite dans " Rent ", il l’a connue au cours de ses années de bohème. Il ne savoure malheureusement pas la reconnaissance de son œuvre : il est emporté par une rupture d’anévrisme la veille de la première.

Dès sa création, "Rent" affole Hollywood et les droits d’adaptation sont achetés aussitôt. Cependant, le projet traînera de nombreuses années avant d’aboutir. Après avoir atterri dans les mains de Spike Lee et suscité des spéculations improbables quant au casting (Christina Aguilera, Justin Timberlake, Jennifer Lopez…), "Rent" échoit finalement au très en vue Chris Columbus (l’auteur des premiers "Harry Potter") qui préfère faire appel à la plupart des membres de la troupe originale. Après une sortie un peu tiède aux Etats-Unis l’automne dernier, "Rent" s’attaque maintenant aux pays européens : l’occasion est enfin donnée de découvrir cette œuvre culte qui en dépit de son contexte fortement américain résonne d’une universalité incontestable.

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