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26.10.2006
Back to cabaret
Un roman très gay et un film mythique de la culture homo : le spectacle, monté pour la première fois en français par le metteur en scène américain Sam Mendes sur la scène des Folies Bergères, sera-t-il à la hauteur queer des versions antérieures de "Cabaret" ?
"Willkommen, bienvenue, wellcome…" On a tous en tête les premières mesures de l’accueil au Kit Kat Klub fredonnées par le Maître de Cérémonie du lieu, et il n’en faut guère plus pour replonger en quelques instants dans l’atmosphère délétère et omnisexuelle de ce cabaret berlinois du début des années 30. Hommes maquillés, filles légères, couples de garçons, barbons et prostituées, champagne sur toutes les tables, drogues dans les coulisses, et sur la scène minuscule un spectacle mi-sexy mi-grotesque mené par des girls et le fameux et très poudré Maître de Cérémonie. "Willkommen, bienvenue, wellcome…"
C’est dans ce lieu fantasque, ce Berlin de toutes les libertés et de toutes les folies où le docteur Magnus Hirschfeld a installé le premier Institut de sexologie au monde (institut qui est en fait un centre d’accueil pour les homosexuels et une base pour faire progresser l’acceptation des gays), ce Berlin de la nuit, de la fête et du sexe, que débarque un jeune écrivain américain pour se mêler à cette danse sous le volcan. Car derrière les paillettes et les désirs en désordre, derrière le plaisir et la légèreté de ce Berlin de tous les possibles, les premiers signes de la fin d’une époque apparaissent : quelques brassards à croix gammée, quelques vitrines de magasins juifs brisées, quelques gros bras en chemise brune faisant régner la terreur.
En 1933, ce Berlin n’existera plus, submergé par la vague nazie. Le Kit Kat Klub fermera ses portes, l’Institut de Hirschfeld sera détruit, le docteur comme tant d’autres intellectuels prendra le chemin de l’exil, le Maître de Cérémonie et tous les travestis, invertis, du cabaret et de la capitale du Reich seront arrêtés et déportés, les libertés seront été abolies, et la mort s’abattra sur l’Europe. Car c’est tout cela à la fois "Cabaret". Sous ses allures légères de comédie musicale, c’est bien une tragédie qui se joue : celle d’un monde en voie de disparition, d’un mode de vie jetant ses derniers feux, d’une explosion de liberté d’autant plus intense que l’on sent confusément que ce sera la dernière avant longtemps.
La fascination persistante de "Cabaret" est tout entière dans ce décalage entre ce que l’on voit sur l’écran (le plaisir de vivre, l’insouciance, les amours multiples et sans distinction de sexe…), qui est aussi ce que découvre le visiteur américain héros de cette histoire, et ce que l’on sait de la menace qui s’avance. Ecrit en 1939 par le romancier Christopher Isherwood, les résonances de son "Adieu à Berlin" (devenu "Cabaret" dès 1951, lors de son adaptation théâtrale, titre repris par les versions musicales et cinématographiques) n’en finissent pas d’être contemporaines tant elles nous rappellent que les libertés conquises par les minorités sont des biens d’autant plus précieux qu’ils sont fragiles…
01:06 Publié dans Spectacles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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